Gallium Defense lève 7,1 millions d'euros pour un radar anti-drones
La start-up Gallium Defense, fondée par trois anciens du BCG, lève 7,1 millions d'euros pour un radar de détection de drones moins cher et produit en série.

Gallium Defense, start-up parisienne fondée en avril 2026 par trois anciens du Boston Consulting Group, sort de l'ombre avec 7,1 millions d'euros levés en amorçage et un radar anti-drones conçu pour coûter beaucoup moins cher que les systèmes existants. Son pari : produire en série des capteurs suffisamment performants plutôt que quelques équipements haut de gamme, pour protéger les sites industriels comme les bases militaires.
La guerre en Ukraine a transformé le drone en menace quotidienne, et avec elle la demande de détection. Sites énergétiques, centres de données, aéroports, entrepôts logistiques : la liste des infrastructures qui veulent savoir ce qui survole leur périmètre s'allonge. C'est sur ce marché que se positionne Gallium Defense, présentée début novembre à l'occasion de l'European Defence Week à Paris. Son histoire illustre une tendance de fond de la French Tech : l'arrivée dans la défense de fondateurs venus du conseil et de l'industrie, et de fonds de capital-risque de plus en plus nombreux à s'intéresser au secteur. Elle illustre aussi une méthode que beaucoup de start-up industrielles pourraient reprendre : partir de composants civils existants plutôt que tout développer en interne.
Ce qui a été annoncé : un radar de détection de drones à 10 kilomètres
Une levée de 7,1 millions d'euros
Gallium Defense a levé 7,1 millions d'euros en amorçage, auprès de Keen Venture Partners et de 360 Capital, qui mènent le tour, ainsi que d'Omnes Capital et de Polytechnique Ventures, selon Maddyness, Tech.eu et FrenchWeb. FrenchWeb précise que le tour a été bouclé en juin 2026. L'argent doit financer l'industrialisation, la chaîne d'approvisionnement, les recrutements, l'entraînement des modèles d'IA et des démonstrations auprès d'opérateurs en Europe et dans les pays de l'OTAN.
Le GDS-10
Le produit s'appelle GDS-10. C'est un radar à antenne active à balayage électronique (AESA), en bande X, piloté par logiciel. D'après Tech.eu et FrenchWeb, les objectifs affichés sont une détection de drones de classe 1 et de drones FPV jusqu'à 10 kilomètres, une couverture de 360 degrés à l'horizontale et de 90 degrés à la verticale, le suivi simultané de plusieurs drones, y compris en essaim, et un fonctionnement de jour comme de nuit, par tous les temps. Deux versions sont prévues : l'une pour les opérateurs d'infrastructures critiques, l'autre pour les forces armées.
Les premières commandes sont attendues au premier trimestre 2027. En attendant, des démonstrations sont proposées, mensuelles selon FrenchWeb.
L'équipe et la méthode : 80 % du besoin pour 20 % du prix
Trois profils complémentaires
Les trois cofondateurs se sont connus au BCG. Éric Fournier, directeur général, y a conseillé pendant 17 ans des acteurs de la défense et de l'aéronautique, selon FrenchWeb. Florian Lemoine, directeur technique, est passé par l'OTAN et la Direction générale de l'armement. Robin Mandel, directeur des opérations, a travaillé chez Thales et Safran. L'entreprise compte une quinzaine de salariés et prévoit de monter à une cinquantaine, d'après Tech.eu. Elle s'est entourée de conseillers de haut rang, dont deux anciens généraux, et d'un partenaire industriel français spécialiste des radiofréquences de forte puissance, Inoveos.
Des composants civils détournés
La méthode tient en une formule, reprise par les trois médias : couvrir 80 % du besoin pour 20 % du prix. Pour y parvenir, Gallium Defense s'appuie massivement sur des composants du commerce. Tech.eu détaille l'architecture : l'antenne adapte des composants à base de gallium issus des télécoms 5G, ce qui réduirait, selon l'entreprise, le coût unitaire d'un élément d'antenne de plus de dix fois ; le traitement repose sur du calcul Nvidia ; la liaison de données emprunte des technologies optiques des télécoms. Le GDS-10 compte environ 512 éléments d'antenne, ce qui démultiplie chaque économie réalisée sur un élément.
Robin Mandel résume l'ambition industrielle, cité par Maddyness et FrenchWeb : « Nos radars sont conçus pour être fabriqués et déployés par centaines, pas par unités. »
Fournisseur des grands groupes, pas concurrent
L'entreprise ne cherche pas à concurrencer les grands industriels. Tech.eu indique qu'elle veut être un fournisseur spécialisé, intégré par les maîtres d'œuvre, avec des API ouvertes compatibles avec les standards SAPIENT et ASTERIX. Elle se place entre les radars bon marché, d'une portée inférieure à 5 kilomètres, et les systèmes haut de gamme de Raytheon, Thales, Hensoldt ou Saab, qui coûtent plusieurs millions d'euros.
Ce que cela change pour les entreprises et les start-up françaises
Pour les exploitants de sites sensibles
Les clients visés sont nombreux : énergéticiens, centres de données, aéroports, plateformes logistiques et organisateurs de la protection d'espaces publics, selon Tech.eu. Pour un industriel ou un gestionnaire de site, l'arrivée de capteurs moins chers change l'équation. Avec un budget donné, il devient possible de déployer plusieurs radars au lieu d'un seul, et de les repositionner selon les besoins. Alexandre Mordacq, associé de 360 Capital, cité par Maddyness, estime que les drones ont fait de la défense anti-aérienne « un besoin critique pour des milliers de sites ».
Concrètement, une entreprise qui exploite un site sensible peut dès aujourd'hui se poser quelques questions simples, sans attendre l'arrivée de ces nouveaux équipements :
- quels bâtiments, stocks ou installations seraient les plus exposés à un survol non autorisé ;
- qui, en interne, serait alerté et avec quelle procédure en cas de détection ;
- quelles obligations réglementaires ou assurantielles s'appliquent à son activité ;
- comment un futur capteur s'intégrerait aux systèmes de sûreté déjà en place (vidéosurveillance, contrôle d'accès).
La détection n'est qu'un maillon : sans procédure de réaction, un radar, même performant, n'apporte qu'une alerte. C'est aussi la raison pour laquelle Gallium Defense mise sur l'intégration par des maîtres d'œuvre, qui assemblent capteurs, logiciels et moyens d'intervention dans une offre complète.
Pour les start-up industrielles
Le modèle de Gallium Defense dépasse la défense. Réutiliser des briques technologiques produites en masse pour d'autres marchés (télécoms, calcul pour l'IA) permet de réduire les coûts et les délais de développement. La part logicielle, avec des modèles d'IA qui classent les cibles et peuvent être mis à jour, devient l'élément différenciant. C'est une approche que l'on retrouve dans d'autres secteurs industriels où des start-up françaises cherchent à concurrencer des équipements coûteux.
Un secteur qui attire les capitaux
Gallium Defense n'est pas seule. Maddyness rappelle qu'Alta Ares, autre start-up française de détection de drones active en Ukraine, a levé 50 millions d'euros en juin 2026. FrenchWeb cite aussi, parmi les acteurs européens du segment, le néerlandais Robin Radar Systems et le danois Weibel. Pour les fondateurs issus du conseil ou des grands groupes industriels, la défense est devenue un terrain d'entrepreneuriat crédible. Pour comprendre comment l'IA s'insère dans les métiers industriels, voir notre article sur les agents IA dans l'imprimerie.
Chiffres clés
| Indicateur | Valeur | Source |
|---|---|---|
| Montant levé | 7,1 M€ (amorçage) | Maddyness, Tech.eu, FrenchWeb |
| Création | avril 2026 | Maddyness, Tech.eu, FrenchWeb |
| Portée visée | 10 km | Maddyness, Tech.eu, FrenchWeb |
| Couverture | 360° horizontal, 90° vertical | Tech.eu, FrenchWeb |
| Éléments d'antenne | environ 512 | Tech.eu |
| Effectif | environ 15, objectif 50 | Tech.eu |
| Premières commandes | premier trimestre 2027 | Maddyness, Tech.eu, FrenchWeb |
Limites, risques et questions ouvertes
Les performances annoncées restent à démontrer. Tech.eu précise que deux antennes opérationnelles ont été construites et qu'elles ont détecté des drones de classe 1 à 10 kilomètres, mais dans des conditions contrôlées : météo favorable et position des cibles connue. Les performances opérationnelles complètes restent à tester. FrenchWeb relève de son côté que l'entreprise ne publie aucun rapport d'essai détaillant les conditions de mesure, la probabilité de détection ou le taux de fausses alarmes.
Aucun client n'est nommé, et aucun prix unitaire n'est communiqué. Sans prix public, il est impossible de vérifier la promesse d'un coût cinq fois inférieur à celui des systèmes concurrents, qui reste à ce stade un objectif affiché par l'entreprise. Les ventes resteront soumises aux contrôles des exportations européens et nationaux, avec une priorité donnée aux pays de l'OTAN et aux alliés. Enfin, le choix d'un matériel moins robuste et produit en série suppose d'accepter des pertes d'équipements, ce que l'entreprise assume selon Tech.eu.
Perspectives : ce qu'il faut surveiller
Les prochains mois diront si Gallium Defense transforme ses prototypes en produit. Trois jalons sont à suivre : la publication de résultats d'essais en conditions réelles, la signature de premiers accords avec des intégrateurs (cinq protocoles d'accord seraient en discussion selon Tech.eu) et l'ouverture des commandes au premier trimestre 2027. La capacité à fabriquer en série, avec des partenaires industriels français, sera l'autre test décisif. La guerre électronique est évoquée comme piste future, sans engagement. Pour Keen Venture Partners et 360 Capital, ces jalons seront le premier test concret de leur pari sur la défense.
En bref
- Gallium Defense, fondée en avril 2026 par trois anciens du BCG, lève 7,1 millions d'euros en amorçage.
- Son radar GDS-10 vise la détection de drones à 10 km, pour les infrastructures critiques et les armées.
- La start-up mise sur des composants civils (télécoms 5G, calcul Nvidia) pour couvrir 80 % du besoin à 20 % du prix.
- Les premières commandes sont attendues au premier trimestre 2027 ; les performances restent à valider.
- La défense attire de plus en plus de start-up et d'investisseurs en France.
Sources
- Des anciens de BCG lancent une startup dans la défense, Maddyness, 3 novembre 2026
- Gallium Defense raises €7.1M to make drone detection cheaper and scalable, Tech.eu, 2 novembre 2026
- Gallium Defense lève 7,1 millions d'euros pour réduire le coût de la détection des drones, FrenchWeb, 2 novembre 2026
Photo d'illustration : This_is_Engineering sur Pixabay.
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