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Levées de fonds French Tech : 615 ou 700 millions d'euros en octobre

Les start-up françaises ont levé entre 614,7 et 700 millions d'euros en octobre 2026. Décryptage de deux baromètres de levées de fonds qui divergent.

Max Martinel··9 min de lecture
Levées de fonds French Tech : 615 ou 700 millions d'euros en octobre

Les start-up françaises ont levé entre 614,7 et 700 millions d'euros en octobre 2026, selon les deux baromètres publiés le 3 novembre par Maddyness et le Journal du Net. Un mois de retour au calme après le record de septembre, dominé par le tour de 250 millions de dollars de Pigment et marqué par une concentration très forte des montants.

Chaque début de mois, les médias spécialisés publient leur bilan des levées de fonds de la French Tech. Le 3 novembre 2026, deux recensements sont sortis le même jour : celui de Maddyness, qui compte 614,7 millions d'euros en 44 opérations, et celui du Journal du Net, qui arrive à 700 millions d'euros en 36 opérations. Les deux bilans racontent la même histoire de fond : un marché qui retrouve un rythme ordinaire après le méga-tour de Mistral AI en septembre, et une poignée d'opérations qui font l'essentiel du volume. Mais l'écart entre les chiffres, et surtout entre les répartitions par secteur, mérite qu'on s'y arrête. Pour un dirigeant de PME ou un fondateur qui prépare une levée de fonds, comprendre ce que mesurent réellement ces baromètres est aussi utile que le total affiché.

Levées de fonds d'octobre 2026 : ce que disent les deux baromètres

Le recensement de Maddyness, signé Pierre Berthoux, retient 44 opérations pour 614,7 millions d'euros. Le total recule de 81,3 % par rapport à septembre, mois exceptionnel porté par les 3 milliards d'euros levés par Mistral AI. Sur un an, en revanche, la comparaison est flatteuse : le montant progresse de 4,3 % par rapport à octobre 2025, alors que le nombre d'opérations baisse d'environ un tiers (62 opérations il y a un an). Résultat, le ticket moyen grimpe à près de 14 millions d'euros, contre 9,5 millions un an plus tôt.

Le Journal du Net, sous la plume de Raphael Hazan, aboutit à 700,2 millions d'euros en 36 opérations. Le média classe octobre au quatrième rang des mois les plus actifs de 2026 et le compare à octobre 2025, qu'il évalue à 458 millions d'euros. Septembre 2026 y est chiffré à 3,78 milliards d'euros.

Les plus gros tours du mois

Les deux bilans placent Pigment très largement en tête. Voici le haut du classement publié par Maddyness.

EntrepriseSecteurMontantInvestisseurs cités
PigmentLogiciel de planification222,5 M€ (250 M$, série E)EQT Ventures, ICONIQ, IVP, Greenoaks, Meritech, Nvidia
SpikoFintech (trésorerie, fonds monétaires tokenisés)80,5 M€NEA, Index Ventures, Bpifrance, SpeedInvest
Elax EnergieÉnergie30 M€Noria investissement, Crédit Mutuel Impact
WhiteLab GenomicsBiotech23,2 M€AXA Venture Partners, Omnes Capital
RivercellBiotech22,4 M€HV Capital, Alven, Bpifrance Digital Venture

Source : Maddyness, 3 novembre 2026.

Le Journal du Net place pour sa part en deuxième position Flying Whales, constructeur de dirigeables cargo, avec 90 millions d'euros (CMA CGM et Air Liquide figurent parmi les investisseurs). Il cite aussi Wiremind (35 millions) et Vates (30 millions). Ces opérations n'apparaissent pas dans le top 10 publié par Maddyness, ce qui pourrait expliquer une partie de l'écart entre les deux totaux.

Pourquoi les deux bilans ne donnent pas le même chiffre

Un écart de 85 millions d'euros et de huit opérations n'a rien d'anormal : il tient d'abord aux règles de chaque recensement.

Maddyness publie sa méthode. Le baromètre ne retient que les levées en capital (dilutives), réalisées par des start-up de moins de dix ans dont le siège principal est en France. Une entreprise plus ancienne, un financement en dette ou une société dont le siège est hors de France sortent donc du périmètre. Le Journal du Net, lui, ne détaille pas sa méthodologie dans l'article. Sans liste détaillée des opérations retenues par chacun, il est impossible de reconstituer précisément l'écart.

La classification sectorielle produit des écarts encore plus spectaculaires. Pour Maddyness, l'intelligence artificielle pèse 30 opérations sur 44 et 434,1 millions d'euros, soit 70,6 % du total, Pigment compris. Pour le Journal du Net, l'IA ne représente que 24,8 millions d'euros en six opérations, soit 3,5 % du montant, parce que Pigment y est rangé en fintech. La fintech devient alors le premier secteur du mois avec 318 millions d'euros en quatre opérations.

Autrement dit, la même levée peut faire basculer la lecture d'un mois entier. Une start-up qui intègre de l'IA dans son produit sera comptée « IA » chez l'un et « logiciel » ou « fintech » chez l'autre. C'est un point à garder en tête quand un baromètre affirme que « l'IA capte X % des financements ».

Un marché très concentré, ce que cela change pour les PME et les fondateurs

La dépendance aux méga-tours

Selon Maddyness, Pigment représente à lui seul 36,2 % des fonds levés en octobre. Avec Spiko et Elax Energie, les trois premières opérations concentrent 54,2 % du total. Hors Pigment, les 43 autres opérations totalisent 392,2 millions d'euros, soit un ticket moyen de 9,1 millions. La photographie est donc celle d'un marché à deux vitesses : quelques entreprises très avancées qui lèvent des centaines de millions, et une majorité de jeunes pousses qui lèvent quelques millions.

Pigment illustre la première catégorie. Toujours selon Maddyness, l'éditeur a doublé sa valorisation, portée à 2,3 milliards de dollars, après avoir dépassé 100 millions de dollars de revenus annuels récurrents. C'est ce type de profil, avec des revenus récurrents élevés et une croissance rapide, qui attire aujourd'hui les fonds de croissance.

L'amorçage reste majoritaire en nombre

La répartition par stade, publiée par Maddyness, rappelle que le gros des opérations se joue à l'amorçage :

  • 28 opérations d'amorçage pour 151,6 millions d'euros (24,7 % du total) ;
  • 11 séries A pour 100,9 millions d'euros ;
  • 3 séries B pour 109,7 millions d'euros ;
  • 2 opérations de stade avancé (Pigment et Elax Energie) pour 252,5 millions d'euros (41,1 %).

Pour un fondateur, cela signifie que le premier tour reste accessible, mais que le passage à la série A et surtout à la série B se resserre : seulement trois séries B en un mois sur l'ensemble du pays.

L'Île-de-France capte presque tout

La géographie est tout aussi déséquilibrée. Maddyness compte 28 opérations franciliennes pour 534,3 millions d'euros, soit 86,9 % du total national. Les 16 opérations réalisées ailleurs pèsent 80,4 millions d'euros, avec Auvergne-Rhône-Alpes (21,7 millions), les Pays de la Loire (18,7 millions) et la Bourgogne-Franche-Comté (13,5 millions) en tête.

Pour une PME régionale qui cherche des investisseurs, ces chiffres plaident pour un travail en amont avec les fonds régionaux, Bpifrance et les réseaux d'affaires locaux, plutôt que pour une approche uniquement parisienne.

Chiffres clés de la French Tech en octobre 2026

IndicateurMaddynessJournal du Net
Montant total614,7 M€700,2 M€
Nombre d'opérations4436
Octobre 2025+4,3 % sur un an458 M€
Septembre 2026–81,3 % sur un mois3,78 Md€
Premier secteurLogiciel (IT), 238,1 M€Fintech, 318 M€
Poids de l'IA70,6 % du montant3,5 % du montant
Ticket moyenprès de 14 M€non publié

Limites et questions ouvertes

Le premier enseignement est méthodologique : un baromètre mensuel n'est pas une statistique officielle. Ni Maddyness ni le Journal du Net ne publient la liste exhaustive de leurs opérations dans les articles consultés, et la classification d'une entreprise dans un secteur relève en partie du choix éditorial. Comparer un mois de l'un à un mois de l'autre n'a pas de sens ; comparer chaque baromètre à lui-même d'un mois sur l'autre en a davantage.

Le deuxième point concerne l'effet de base. Septembre 2026 avait été gonflé par le seul tour de Mistral AI. Une variation de –81 % sur un mois ou de +4 % sur un an dit surtout quelque chose de la taille des plus gros tours, pas de la santé de l'ensemble de l'écosystème.

Enfin, la baisse du nombre d'opérations sur un an, constatée par Maddyness (44 contre 62), est le signal le plus intéressant pour les entrepreneurs. Elle suggère que les investisseurs concentrent leurs moyens sur moins de dossiers, mieux dotés. Un seul mois ne suffit pas à confirmer une tendance, mais c'est un indicateur à suivre.

Perspectives : ce qu'il faut surveiller d'ici la fin de l'année

Plusieurs signaux seront à observer sur novembre et décembre. D'abord, la capacité de la French Tech à aligner d'autres opérations de plusieurs centaines de millions d'euros, sans lesquelles les totaux mensuels resteront modestes. Ensuite, le poids réel de l'IA dans les financements, qui dépendra beaucoup de la façon dont chaque baromètre classe les éditeurs de logiciels intégrant des agents. Sur ce sujet, le marché se recompose vite, comme nous l'expliquions dans notre analyse du marché de l'IA en 2026.

Pour les PME qui envisagent une levée de fonds, la lecture de ces bilans invite à la prudence sur les moyennes : le ticket moyen de 14 millions d'euros n'a guère de sens pour une entreprise en amorçage, où les montants se comptent plutôt en quelques millions. Mieux vaut regarder les opérations comparables, par stade, par secteur et par région.

En bref

  • Les start-up françaises ont levé 614,7 M€ (Maddyness, 44 opérations) ou 700,2 M€ (Journal du Net, 36 opérations) en octobre 2026.
  • Pigment, avec 250 M$ en série E, représente plus d'un tiers des montants selon Maddyness.
  • Le poids de l'IA varie de 70,6 % à 3,5 % du total selon la manière de classer Pigment.
  • L'amorçage domine en nombre (28 opérations sur 44), l'Île-de-France en montant (86,9 %).
  • Ces levées de fonds confirment un marché concentré, où les moyennes masquent de forts écarts.

Sources

Photo d'illustration : RonaldCandonga sur Pixabay.

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