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Uber : les agents IA n'ont réservé que quatre courses en un trimestre

Les agents IA tiers n'ont réservé que quatre courses Uber au troisième trimestre 2026 : ce que ce chiffre dit du commerce agentique et des enjeux pour les PME.

Max Martinel··9 min de lecture
Uber : les agents IA n'ont réservé que quatre courses en un trimestre

Au troisième trimestre 2026, les agents IA tiers n'ont réservé que quatre courses sur Uber, et environ 500 commandes Uber Eats sur une semaine, selon les dirigeants du groupe. Un chiffre minuscule face aux 4,1 milliards de trajets du trimestre, qui relativise l'essor annoncé du commerce piloté par des agents IA, sans en effacer l'enjeu.

On annonce depuis des mois que les agents IA vont faire les courses, réserver les taxis et commander les repas à notre place. Les résultats trimestriels d'Uber, publiés le 4 novembre 2026, apportent l'un des premiers chiffres concrets sur cette promesse, et il est très modeste. Interrogés par les analystes, le directeur général Dara Khosrowshahi et le directeur financier Balaji Krishnamurthy ont détaillé le volume de transactions passées par des assistants extérieurs à la plateforme. Mais leurs propos montrent aussi que le sujet est pris très au sérieux : tous les éditeurs d'IA discutent avec Uber, et l'entreprise négocie déjà les conditions de ces échanges. Pour les commerçants et les PME françaises qui vendent en ligne, la leçon est double : le trafic issu des agents reste marginal en volume, mais les visiteurs venus des IA achètent davantage, et la question de la dépendance aux intermédiaires se pose dès maintenant.

Ce qui a été annoncé : quatre courses et 500 commandes

Les chiffres donnés aux analystes

Lors de la conférence téléphonique consacrée aux résultats, dont Investing.com publie la transcription, Balaji Krishnamurthy a donné deux chiffres :

  • pour Uber Eats, environ 500 commandes au total passées par des agents IA sur une semaine, qui incluait Halloween ;
  • pour les trajets, « un grand total de quatre courses » réalisées à partir d'agents sur le trimestre.

Le directeur financier a lui-même qualifié cette dynamique de très précoce et très limitée. Aucun détail n'a été donné sur la valeur de ces commandes ni sur les assistants qui les ont passées.

Un chiffre à mettre en perspective

Ces volumes sont à rapprocher de l'activité totale du groupe. Selon le communiqué de résultats déposé auprès de la SEC, Uber a réalisé 4,1 milliards de trajets au troisième trimestre, en hausse de 16 %, pour un volume d'affaires brut de 59,8 milliards de dollars (+20 %) et un chiffre d'affaires de 14,8 milliards de dollars (+10 %). La plateforme compte 215 millions d'utilisateurs actifs mensuels. Quatre courses sur 4,1 milliards : la part des agents tiers est, à ce stade, statistiquement nulle.

Le contexte : tous les éditeurs d'IA frappent à la porte

Des négociations en cours

Le faible volume ne traduit pas un désintérêt. Selon la transcription, Dara Khosrowshahi a indiqué que toutes les entreprises de systèmes d'IA discutaient avec Uber et que le groupe était désormais en train de négocier les « conditions des échanges ». Il a compté huit assistants différents et s'attend à en voir plus de dix. Il estime que ces agents constitueront un canal supplémentaire et un apport net de demande pour l'écosystème.

La crainte de la désintermédiation

Le patron d'Uber ne cache pas sa prudence. Ancien dirigeant du secteur du voyage en ligne, il a rappelé la dépendance de cette industrie aux moteurs de recherche et indiqué ne pas vouloir revivre cette situation. Uber souhaite que les utilisateurs continuent de réserver directement sur ses applications et affirme ne dépendre d'aucun acteur en particulier.

Pour se protéger, le groupe développe ses propres assistants : un assistant de panier, qui produirait selon Dara Khosrowshahi des paniers environ deux fois plus élevés que la moyenne, un assistant pour Uber Eats et un assistant pour les chauffeurs.

Les visiteurs venus des IA achètent plus

Le faible nombre de transactions entièrement déléguées à des agents ne signifie pas que l'IA ne pèse pas sur le commerce. Siècle Digital rapporte des données publiées par Adobe sur le marché américain : le trafic issu des assistants d'IA vers les sites marchands a progressé de 71 % sur un an jusqu'en septembre 2026. Ces visiteurs convertissent 90 % mieux que les autres, passent 73 % de temps en plus sur les boutiques et génèrent un revenu par visite supérieur de 83 %. Adobe anticipe une forte hausse de ce trafic pendant les fêtes, avec +159 % attendus à Thanksgiving.

Autrement dit, l'IA influence déjà l'achat en amont (recherche, comparaison, recommandation), même si l'acte d'achat lui-même reste réalisé par l'humain.

Ce que cela change pour les commerçants et les PME françaises

Distinguer l'agent qui conseille de l'agent qui achète

Le cas Uber invite à séparer deux phénomènes souvent confondus. D'un côté, les assistants d'IA qui orientent un client vers un produit ou un site : ce trafic existe, croît vite et convertit bien, selon les données d'Adobe. De l'autre, les agents qui passent eux-mêmes la commande au nom du client : ils restent marginaux, même sur une plateforme aussi utilisée qu'Uber.

Pour une PME, la priorité n'est donc pas de se préparer à des milliers de commandes passées par des robots, mais de s'assurer d'être bien présentée dans les réponses des assistants. Cela passe par des fiches produits claires et complètes, des prix et des disponibilités à jour, et des informations pratiques (livraison, retours, horaires) faciles à lire, y compris par une machine.

Prenons l'exemple d'un restaurant, d'un artisan ou d'une boutique de quartier. Un client qui demande à un assistant d'IA « où commander un repas livré ce soir » ou « quel plombier intervient le dimanche » obtiendra une réponse construite à partir des informations disponibles en ligne. Si les horaires sont faux, si les tarifs ne sont pas indiqués ou si la zone de livraison est floue, l'entreprise risque tout simplement de ne pas être citée. Le travail à mener ressemble à celui du référencement naturel, avec une exigence supplémentaire : des données cohérentes partout où elles apparaissent (site, fiches d'établissement, plateformes partenaires). C'est un chantier peu coûteux, qui profite aussi aux clients humains, et que l'on peut engager dès maintenant sans attendre que les agents passent eux-mêmes commande.

Garder la relation client

L'inquiétude de Dara Khosrowshahi rejoint celle de nombreux commerçants. Si un agent tiers devient l'intermédiaire principal, il capte la relation client, les données et une partie de la marge. Uber, avec ses moyens, négocie les conditions et développe ses propres assistants. Une PME n'a pas ce poids. Elle peut en revanche :

  1. suivre la part de son trafic qui provient des assistants d'IA, dans ses outils d'analyse d'audience ;
  2. soigner son canal direct (site, application, fichier clients) pour que les clients satisfaits reviennent sans intermédiaire ;
  3. déployer ses propres outils conversationnels, qui gardent la relation dans l'entreprise.

Sur ce dernier point, voir notre article sur les agents conversationnels dans l'e-commerce.

Chiffres clés

IndicateurValeurSource
Courses réservées par des agents IA tiers (T3)4Transcription, Investing.com
Commandes Uber Eats par des agents (une semaine)environ 500Transcription, Investing.com
Trajets totaux au T34,1 milliards (+16 %)Communiqué Uber (SEC)
Volume d'affaires brut59,8 Md$ (+20 %)Communiqué Uber (SEC)
Chiffre d'affaires14,8 Md$ (+10 %)Communiqué Uber (SEC)
Utilisateurs actifs mensuels215 millionsCommuniqué Uber (SEC)
Trafic des IA vers les sites marchands (États-Unis)+71 % sur un anAdobe, via Siècle Digital
Revenu par visite issu des IA+83 %Adobe, via Siècle Digital

Limites et questions ouvertes

Plusieurs réserves s'imposent. Les chiffres d'Uber portent sur des agents tiers et sur une période courte, au tout début de leur déploiement ; ils ne disent rien de la trajectoire des prochains trimestres. Uber n'a pas précisé quels assistants étaient concernés. Les données d'Adobe concernent uniquement le marché américain et l'échantillon n'est pas précisé dans l'article de Siècle Digital ; elles ne peuvent pas être transposées telles quelles à la France.

Enfin, ces chiffres sont communiqués au moment même où Uber négocie avec les éditeurs d'IA les conditions de leur accès à sa plateforme. Ils s'inscrivent donc dans un rapport de force, ce qui invite à les lire avec recul.

Perspectives : ce qu'il faut surveiller

Trois signaux permettront de juger de l'essor réel du commerce piloté par des agents IA. D'abord, l'évolution des volumes qu'Uber publiera lors de ses prochains résultats. Ensuite, la nature des accords conclus entre plateformes et éditeurs d'IA : commissions, accès aux données, visibilité des marques. Enfin, la saison des fêtes, pour laquelle Adobe prévoit une forte hausse du trafic issu des assistants aux États-Unis.

Pour les entreprises françaises, l'enjeu n'est pas de courir après une vague qui n'a pas encore déferlé, mais de préparer leurs données et leur canal direct pour le jour où les agents IA passeront réellement commande.

En bref

  • Les agents IA tiers n'ont réservé que quatre courses Uber au troisième trimestre 2026.
  • Environ 500 commandes Uber Eats ont été passées par des agents sur une semaine.
  • Tous les éditeurs d'IA négocient avec Uber, qui développe ses propres assistants pour éviter la désintermédiation.
  • Aux États-Unis, les visiteurs envoyés par les IA convertissent 90 % mieux, selon Adobe.
  • Pour les PME, la priorité est d'être visibles dans les réponses des agents IA tout en gardant un canal direct.

Sources

Photo d'illustration : Vladvictoria sur Pixabay.

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