Business model de Mill : vendre l'appareil, la collecte et la filière
Mill vend un bac qui sèche les restes alimentaires, récupère la poudre pour nourrir des poulets et vise villes, bureaux et Whole Foods. Analyse du modèle.

Mill vend un appareil de cuisine qui sèche et broie les restes alimentaires, puis récupère ce résidu pour en faire un ingrédient d'alimentation pour poulets. Derrière ce produit grand public, la start-up californienne fondée en 2020 par deux anciens de Nest construit un modèle à trois étages : la vente du matériel, l'abonnement et la filière de valorisation. Depuis 2025, elle l'étend aux villes, aux bureaux et à la grande distribution, avec Whole Foods et le groupe de restauration collective Compass.
Nous avons consacré une fiche à Mill dans notre série sur les jeunes entreprises américaines. Cette analyse détaille comment l'entreprise gagne de l'argent, ce qui rend son modèle difficile à copier, et ce qu'il peut inspirer en France, où le tri des biodéchets est obligatoire depuis le 1er janvier 2024.
Les indicateurs publics
Mill ne publie ni chiffre d'affaires ni nombre exact de clients. Les seuls indicateurs disponibles viennent de l'entreprise elle-même, de ses partenaires et de collectivités qui ont testé l'appareil.
| Indicateur | Valeur | Date | Source |
|---|---|---|---|
| Prix de l'appareil domestique | À partir de 999 $, ou 83 $ par mois sans intérêts | Consulté le 8 novembre 2026 | mill.com |
| Déchets alimentaires détournés | 26 millions de livres (environ 11 800 tonnes) | Consulté le 8 novembre 2026 | mill.com |
| Parc installé | « Des dizaines de milliers » d'appareils | 26 juin 2025 | Mill |
| Émissions évitées par appareil | 735 kg équivalent CO2 par an (899 kg avec la filière d'alimentation animale) | 26 juin 2025 | Mill |
| Financement total | 250 M$ | Décembre 2025 | Axios, cité par TechCrunch |
| Pilote de Phoenix | 441 tonnes collectées, près de 3 000 habitants | 23 juin 2026 | Ville de Phoenix |
Ces chiffres permettent de mesurer la dynamique, pas la rentabilité. Les calculs d'impact carbone sont ceux de l'analyse de cycle de vie commandée par Mill : nous les citons comme tels.
Le produit : un bac qui sèche et broie
L'appareil domestique ressemble à une poubelle de cuisine. Pendant la nuit, il chauffe, sèche et broie les restes de repas pour en réduire le volume d'environ 80 %, selon le site de Mill. Le résultat est une poudre sèche et sans odeur, que l'utilisateur vide quelques fois par mois.
Ce choix technique est le point de départ de tout le modèle. Un déchet humide pourrit, sent mauvais et doit être collecté souvent. Un déchet sec se stocke des semaines et se transporte facilement, y compris par la poste. Matt Rogers et Harry Tannenbaum, les fondateurs, ont conçu chez Nest le thermostat connecté racheté par Google : ils appliquent la même logique d'objet connecté soigné, avec une application qui suit le remplissage et l'usage.
Selon les données publiées par Mill en juin 2025, la part des restes alimentaires d'un foyer réellement récupérée passe d'environ 26 % avant l'appareil à près de 90 % après. Près de la moitié des clients interrogés disent aussi gaspiller moins, parce qu'ils voient ce qu'ils jettent.
Première source de revenus : la vente et l'abonnement
Le prix public est affiché sur la page d'accueil de mill.com, consultée le 8 novembre 2026 : l'appareil est proposé à partir de 999 dollars, ou 83 dollars par mois sans intérêts, avec 90 jours pour changer d'avis et deux ans de garantie. Le paiement fractionné ramène une dépense importante à une mensualité comparable à un abonnement de streaming ou de salle de sport.
Ce niveau de prix vise un public aisé et sensible aux questions d'environnement. Il pose aussi la limite du modèle grand public : un appareil à près de 1 000 dollars ne se diffusera pas seul dans tous les foyers. C'est pourquoi Mill a rapidement cherché des acheteurs capables de financer l'équipement à la place du consommateur : les villes, les employeurs, les distributeurs.
Deuxième étage : la filière de valorisation
L'idée la plus originale de Mill se trouve après la cuisine. Plutôt que de laisser l'utilisateur composter sa poudre, l'entreprise lui propose de la renvoyer. Elle la transforme ensuite en ingrédient d'alimentation pour poulets dans son site de Mukilteo, dans l'État de Washington.
Pour y parvenir, Mill a dû faire reconnaître un nouvel ingrédient. En août 2023, l'association américaine des responsables du contrôle de l'alimentation animale (AAFCO) a approuvé une définition baptisée « Dried Recovered Household Food », indique l'entreprise. L'État de Washington a suivi en février 2024. Ce travail réglementaire de plusieurs années constitue une barrière à l'entrée réelle : un concurrent qui vendrait le même appareil n'aurait pas, du jour au lendemain, de débouché autorisé pour le résidu.
Cette filière sert trois objectifs. Elle donne un argument environnemental fort, puisque l'analyse de cycle de vie publiée par Mill fait passer les émissions évitées de 735 à 899 kg équivalent CO2 par appareil et par an quand la poudre est renvoyée. Elle crée une relation continue avec le client, au-delà de la vente. Elle ouvre enfin une source de revenus potentielle, la vente d'ingrédients aux éleveurs, dont Mill ne publie pas le montant.
Troisième étage : les villes, les bureaux et la distribution
Depuis 2024, Mill multiplie les contrats où un tiers paie l'équipement.
Les collectivités. À Tacoma, dans l'État de Washington, un pilote d'un an mené avec la ville a montré que les participants triaient dix fois plus de restes alimentaires que le foyer moyen ; 84 % des répondants à l'enquête finale disaient ne plus en mettre aucun à la poubelle, selon les résultats publiés par Mill en juillet 2024. Phoenix a mené un programme plus large, avec près de 3 000 habitants et 441 tonnes collectées, soit environ 0,92 livre par personne et par jour, selon la ville. À Kansas City, Mill a installé en juillet 2025 cinquante bacs dans des centres municipaux, dans une ville qui enfouit environ 400 000 tonnes de déchets alimentaires par an, rapporte la radio publique KCUR. L'argument pour une ville est simple : un déchet qui ne part pas en décharge ne paie ni transport humide ni enfouissement.
Les entreprises. En avril 2025, Mill a lancé une offre pour les bureaux, avec un tableau de bord qui suit l'ensemble des appareils d'un site. Vornado, grand propriétaire immobilier new-yorkais, et Duolingo figurent parmi les premiers clients, dans « des centaines de bureaux », selon l'annonce de l'entreprise.
La distribution et la restauration. Le 16 décembre 2025, Mill a annoncé un accord avec Whole Foods Market, filiale d'Amazon, pour équiper ses magasins à partir de 2027, accompagné d'un investissement du Climate Pledge Fund d'Amazon, rapporte TechCrunch. Le 27 avril 2026, le groupe de restauration collective Compass est devenu son premier partenaire de distribution pour une version commerciale de l'appareil, déployée à partir de 2027, avec une analyse par IA de la composition des déchets dans chaque unité, selon Mill. Compass vise une réduction de moitié de son gaspillage alimentaire d'ici 2030.
Ces contrats changent la nature du modèle. Le client grand public paie un produit ; le client professionnel paie une mesure. Savoir précisément ce qui est jeté, en quelle quantité et à quel moment, est une donnée qui a une valeur pour un restaurateur ou un distributeur, bien au-delà du simple traitement du déchet.
Ce qui protège Mill, et ce qui le fragilise
Plusieurs éléments rendent le modèle difficile à reproduire. Le premier est l'autorisation réglementaire de l'ingrédient pour l'alimentation animale, obtenue après des années de dossiers. Le deuxième est la maîtrise du matériel et du logiciel, héritée de l'expérience Nest. Le troisième est l'accumulation de références auprès de villes et de grands groupes, qui rassure les acheteurs publics. Le quatrième est le soutien d'investisseurs puissants : en plus d'Amazon, le Google AI Futures Fund a annoncé un investissement en avril 2026.
Les fragilités sont tout aussi visibles. Le prix de l'appareil reste élevé et le marché grand public pourrait plafonner. Les grands contrats avec Whole Foods et Compass ne démarrent qu'en 2027 : ils ne produiront de revenus significatifs qu'à moyen terme. L'appareil consomme aussi de l'électricité pour sécher les restes, un coût que l'utilisateur supporte. Enfin, Mill reste une entreprise non cotée qui ne publie aucun résultat financier : il est impossible de dire aujourd'hui si chaque appareil vendu est rentable.
Ce que le modèle peut inspirer en France
La France offre un contexte réglementaire favorable. Depuis le 1er janvier 2024, les collectivités doivent proposer à chaque habitant une solution de tri à la source des biodéchets, rappelle le ministère de la Transition écologique. Les professionnels qui produisent des biodéchets sont soumis à la même obligation. Le besoin existe donc, et il est porté par la loi.
Plusieurs enseignements se transposent à une PME ou à une start-up française.
- Transformer le déchet avant de le collecter. Le séchage change l'économie de la collecte : moins de passages, moins d'odeurs, un résidu qui se stocke. Pour une entreprise de collecte de biodéchets, réfléchir au prétraitement sur place peut réduire les coûts logistiques.
- Faire payer celui qui économise. Le consommateur hésite à dépenser 1 000 dollars ; une ville ou un restaurateur qui économise sur ses tonnages paie plus facilement. En France, les collectivités financent déjà des composteurs individuels ou collectifs : un équipement plus avancé peut entrer dans ces budgets s'il démontre un coût par tonne évitée.
- Investir tôt dans le réglementaire. La valorisation en alimentation animale est très encadrée en Europe : le règlement européen sur les sous-produits animaux interdit de nourrir les animaux d'élevage avec des déchets de cuisine et de table. Un acteur français devrait donc viser d'autres débouchés, comme le compost ou la méthanisation, et sécuriser ces filières avant de lancer le produit.
- Vendre de la donnée autant que du traitement. Mesurer le gaspillage dans une cuisine collective aide à réduire les achats. Pour un restaurateur, c'est un argument économique direct, qui dépasse l'obligation de tri.
Le modèle de Mill montre qu'associer un équipement soigné, une filière et une donnée exploitable permet de vendre à plusieurs types de clients avec un même produit.
En bref
- Mill vend un appareil qui sèche et broie les restes alimentaires, à partir de 999 dollars ou 83 dollars par mois.
- La poudre obtenue peut être renvoyée et transformée en ingrédient pour poulets, grâce à une autorisation obtenue en 2023.
- L'entreprise étend son modèle aux villes, aux bureaux, à Whole Foods et au groupe Compass, avec des déploiements à partir de 2027.
- Elle a levé 250 millions de dollars au total, selon Axios, mais ne publie aucun résultat financier.
- En France, l'obligation de tri des biodéchets depuis 2024 crée un marché, mais la filière d'alimentation animale n'est pas transposable telle quelle.
Retrouvez d'autres analyses de modèles économiques dans notre rubrique Startups, comme celle de Gamma, et d'autres modèles transposables dans la rubrique Inspiration américaine.
Sources
- Page d'accueil et prix de Mill, consultée le 8 novembre 2026
- Ten Million Pounds Recycled: Mill Accelerates Impact, Mill, 26 juin 2025
- Mill Releases Results of Year-Long Food-Recycling Pilot with City of Tacoma, Mill, 17 juillet 2024
- Mill's Food-Recycling Service First to Unlock New Higher-Use Regulatory Pathway, Mill, 10 août 2023
- Mill for Workplace, Mill, 3 avril 2025
- Whole Foods to install smart food waste bins from Mill starting in 2027, TechCrunch, 16 décembre 2025
- Mill and Compass Group strategic partnership, Mill, 27 avril 2026
- Case study: food waste collection pilot program a success for Phoenix, Ville de Phoenix, 23 juin 2026
- Kansas City will start turning food waste into compost, KCUR, 17 juillet 2025
- Règlement (CE) n° 1069/2009 sur les sous-produits animaux, EUR-Lex
- Biodéchets, ministère de la Transition écologique
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