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Sequoia ferme son bureau de Londres : un signal pour les start-up

Sequoia Capital ferme son bureau de Londres, arrête Arc et Scouts et lève 10 milliards de dollars : ce que ce repli change pour les start-up françaises.

Max Martinel··9 min de lecture
Sequoia ferme son bureau de Londres : un signal pour les start-up

Sequoia Capital, l'un des fonds de capital-risque les plus célèbres de la Silicon Valley, ferme son bureau de Londres ouvert en 2020. Annoncée le 4 novembre 2026 dans un mémo intitulé « The Sequoia of Tomorrow », la décision s'accompagne de la fin de ses programmes Arc et Scouts et d'une levée d'environ 10 milliards de dollars. Pour les start-up françaises et européennes, c'est un signal à prendre au sérieux.

Le fonds qui a soutenu Apple, Airbnb ou Stripe ne quitte pas l'Europe au sens strict : il affirme qu'il continuera d'y investir, mais depuis la baie de San Francisco. « Nous ne voyons simplement pas la nécessité d'une présence locale », écrit Sequoia dans son mémo publié sur X, cité par TechCrunch. Ce repli intervient six ans après une implantation qui avait marqué les esprits dans l'écosystème européen, et au terme d'une décennie où les grands fonds américains multipliaient les bureaux sur le Vieux Continent. Il s'inscrit surtout dans une refonte complète de l'organisation de Sequoia, qui revient à un modèle plus resserré. Que change ce mouvement pour les fondateurs français qui cherchent à lever des fonds, et que dit-il de l'attractivité de l'Europe pour le capital-risque américain ?

Ce que Sequoia a annoncé

Le mémo du 4 novembre est bien plus qu'une simple fermeture de bureau. Selon TechCrunch et MLQ.ai, Sequoia y détaille une série de décisions qui défont une partie de vingt ans d'expansion.

La fin de Londres, d'Arc et des Scouts

Le bureau londonien, ouvert en 2020, ferme et plusieurs salariés quittent la société. Luciana Lixandru, recrutée chez Accel en 2020 comme première associée européenne de Sequoia, s'est vu proposer un poste à San Francisco et l'a décliné, selon TechCrunch. Elle reste associée, conserve ses sièges aux conseils d'administration et continue d'investir à titre personnel auprès de fondateurs européens. Sequoia précise que la décision ne remet pas en cause la qualité de l'équipe londonienne, rapporte Maddyness.

Deux programmes emblématiques disparaissent aussi :

  • Arc, l'accélérateur lancé en mars 2022 pour concurrencer Y Combinator, qui accueillait plusieurs promotions par an de start-up en pré-amorçage et amorçage, avec un investissement initial de 500 000 à 1 million de dollars selon TechCrunch ;
  • Scouts, lancé vers 2009, qui confiait de petits tickets à des fondateurs et opérateurs pour investir au nom de Sequoia. C'est par ce canal que le fonds a été orienté vers Uber et Stripe.

Maddyness rappelle que Sequoia avait déjà mis fin à son programme Scouts en France et en Europe, qui finançait de jeunes pousses via des entrepreneurs et investisseurs locaux.

Une organisation resserrée et 10 milliards de dollars

Sequoia fusionne ses équipes d'amorçage et de croissance, aplatit la hiérarchie entre associés et supprime sa réunion hebdomadaire du lundi. Sept associés généraux dirigent désormais la société, dont Alfred Lin et Pat Grady. Le fonds dit avoir levé environ 10 milliards de dollars de nouveaux fonds, sans détailler les véhicules, leurs tailles ni leurs dates de clôture, souligne MLQ.ai. Son objectif affiché : un capital-risque « à forte conviction et très sélectif », qui vise la qualité des rendements plutôt que la taille.

Le contexte : les fonds américains se retirent de Londres

Sequoia n'est pas un cas isolé. Selon TechCrunch et Maddyness, Coatue a fermé son bureau londonien en 2024 et Andreessen Horowitz a fait de même l'an dernier, moins de deux ans après s'être installé au Royaume-Uni. Plusieurs grands fonds américains ont ainsi renoncé à une présence physique en Europe, quelques années seulement après s'y être installés.

Ce repli prolonge aussi une histoire propre à Sequoia. En 2023, le fonds s'était déjà séparé de ses branches chinoise et indienne, devenues HongShan et Peak XV, mettant fin à deux décennies de franchise mondiale. Le mémo assume ce retour aux sources, en reconnaissant qu'un effet secondaire non voulu de l'expansion a été l'apparition d'une hiérarchie interne.

La réorganisation intervient enfin au terme d'une transition de génération. Selon TechCrunch, la direction du fonds est passée de Doug Leone à Jim Goetz, puis à Roelof Botha, avant que ce dernier ne soit écarté de son rôle de responsable l'automne dernier, au profit d'Alfred Lin et de Pat Grady. Le mémo se présente comme l'aboutissement de cette passation : une équipe plus petite, plus horizontale, recentrée sur le métier d'investisseur. « C'est effrayant de casser quelque chose qui fonctionne déjà très bien », reconnaît le texte, cité par TechCrunch.

En France, Sequoia a investi dans plusieurs pépites, dont Pennylane, licorne de la comptabilité, ainsi que les start-up d'IA Gladia et Dust, rappelle Maddyness. Rien n'indique que ces participations soient remises en cause : le fonds affirme que l'Europe continuera de produire des fondateurs exceptionnels et qu'il peut les accompagner depuis la Californie.

Ce que ça change pour les start-up françaises

Pour un fondateur français, la conséquence immédiate est simple : il y aura un interlocuteur de moins sur place. Plusieurs effets sont à anticiper.

Un accès plus difficile en phase d'amorçage. La fin d'Arc et des Scouts ferme deux portes d'entrée vers Sequoia pour les toutes jeunes pousses. Sans associé local, un dossier européen devra convaincre une équipe basée à San Francisco, ce qui favorise les fondateurs déjà connectés à la Silicon Valley.

Une sélection encore plus forte. Le mémo revendique une approche « très sélective ». Concrètement, Sequoia devrait concentrer ses tickets européens sur un petit nombre d'entreprises jugées capables de devenir des leaders mondiaux, plutôt que de multiplier les paris.

Une place à prendre pour les fonds européens. Le retrait des bureaux américains laisse le terrain aux fonds européens et aux acteurs publics comme Bpifrance. Pour suivre l'évolution des levées dans l'écosystème français, on pourra se reporter à notre point sur les baromètres French Tech d'octobre.

Préparer une levée à distance. Pour les fondateurs qui visent un grand fonds américain, la préparation change de nature. Il faudra soigner davantage les indicateurs partagés en amont, multiplier les recommandations par des entrepreneurs déjà financés par le fonds et prévoir des séjours réguliers en Californie. Les réseaux d'anciens, comme les fondateurs européens du portefeuille de Sequoia, deviennent un canal d'accès décisif.

Le capital américain reste accessible. Ni Sequoia ni Andreessen Horowitz n'ont dit cesser d'investir en Europe. Les grandes levées, en particulier dans l'IA, continueront d'attirer les fonds américains. Mais elles se négocieront davantage par visioconférence et lors de déplacements dans la baie de San Francisco.

Chiffres clés

ÉlémentDétailSource
Ouverture du bureau de Londres2020TechCrunch, Maddyness
Annonce de la fermeture4 novembre 2026TechCrunch
Nouveaux fonds levésenviron 10 Md$TechCrunch, MLQ.ai
Lancement d'Arcmars 2022TechCrunch
Ticket initial Arc500 000 à 1 M$TechCrunch
Lancement des Scoutsvers 2009TechCrunch, MLQ.ai
Associés généraux7TechCrunch, MLQ.ai
Autres fonds partis de LondresCoatue (2024), Andreessen Horowitz (l'an dernier)TechCrunch, Maddyness

Limites et questions ouvertes

Plusieurs zones d'ombre demeurent. Sequoia n'a pas précisé comment seront suivies les start-up issues d'Arc et des Scouts, ni si la fermeture de Londres modifiera sa capacité à participer aux tours de suivi de ses participations européennes, relève MLQ.ai. La date exacte de fermeture du bureau n'a pas non plus été communiquée, note Maddyness.

Le montant de 10 milliards de dollars mérite aussi de la prudence : selon MLQ.ai, il pourrait recouper une levée de même ampleur rapportée par Bloomberg en août. Enfin, le départ de plusieurs figures du fonds ces derniers mois, rapporté par TechCrunch, montre que cette réorganisation s'inscrit dans une transition de génération dont l'issue reste incertaine.

Il faut aussi se garder de surinterpréter la décision. Sequoia ne dit pas que l'Europe est moins attractive : il dit qu'une présence physique n'est plus nécessaire pour y investir. C'est un pari sur la capacité à repérer les meilleurs dossiers à distance, que d'autres fonds pourraient contester en restant au plus près des fondateurs.

Perspectives : ce qu'il faut surveiller

  • les prochains investissements européens de Sequoia, pour vérifier si le fonds reste actif sur le continent ;
  • le parcours de Luciana Lixandru, qui pourrait lancer sa propre structure ou rejoindre un fonds européen ;
  • la réaction des fonds européens, susceptibles de recruter les talents libérés et de se positionner sur l'amorçage ;
  • l'éventuelle contagion à d'autres fonds américains encore présents à Londres ou à Paris.

La fermeture du bureau londonien de Sequoia ne coupe pas les start-up européennes du capital américain, mais elle rappelle aux fondateurs français que l'accès aux grands fonds de la Silicon Valley se mérite, et qu'il passe de plus en plus par San Francisco.

En bref

  • Sequoia Capital ferme son bureau de Londres, ouvert en 2020, et continuera d'investir en Europe depuis la baie de San Francisco.
  • Le fonds met fin à son accélérateur Arc et à son programme Scouts, et fusionne ses équipes d'amorçage et de croissance.
  • Sequoia affirme avoir levé environ 10 milliards de dollars de nouveaux fonds, sans en détailler la structure.
  • Coatue et Andreessen Horowitz avaient déjà quitté Londres : plusieurs grands fonds américains renoncent à une présence physique en Europe.
  • Pour les start-up françaises, l'accès à Sequoia devient plus sélectif, ce qui laisse davantage de place aux fonds européens.

Sources

Photo d'illustration : Waid1995 sur Pixabay.

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