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Waymo met fin à son exclusivité avec Uber : la bataille des robotaxis

Waymo lancera son application à Austin et Atlanta en janvier 2028 et met fin à son exclusivité avec Uber. Décryptage d'une bataille pour le client final.

Max Martinel··9 min de lecture
Waymo met fin à son exclusivité avec Uber : la bataille des robotaxis

Waymo, la filiale de véhicules autonomes d'Alphabet, proposera ses robotaxis via sa propre application à Austin et Atlanta à partir de janvier 2028, mettant fin à l'exclusivité dont bénéficiait Uber dans ces deux villes. Le même jour, Uber a plaidé devant ses investisseurs pour devenir la plateforme incontournable de tous les opérateurs de robotaxis. Deux stratégies opposées, un même enjeu : qui contrôlera la relation avec le passager.

L'annonce est venue de Tekedra Mawakana, codirectrice générale de Waymo, dans un entretien accordé à Bloomberg le 4 novembre 2026. Quelques heures plus tard, Uber publiait ses résultats du troisième trimestre, accompagnés d'un long argumentaire de son patron Dara Khosrowshahi sur l'avenir des véhicules autonomes. La coïncidence a valeur de symbole.

Au-delà de la querelle entre deux géants américains, cet épisode illustre un dilemme que connaissent bien les entreprises de toutes tailles : faut-il passer par une grande plateforme pour gagner rapidement des clients, au risque de ne jamais les connaître vraiment, ou investir dans son propre canal de vente ? Waymo a tranché. Uber, de son côté, parie que la puissance de son réseau rendra ce choix intenable pour la plupart des opérateurs.

Ce que Waymo a annoncé

Selon Bloomberg, Waymo lancera son application à Austin et Atlanta en janvier 2028. Dans ces deux villes, ses véhicules ne sont aujourd'hui accessibles que via l'application d'Uber. Le contrat qui lie les deux entreprises devait courir jusqu'en mai 2028, rappelle TechCrunch, qui précise que les propos de la dirigeante portent sur la fin de l'exclusivité, et non sur la fin pure et simple du partenariat.

Une expérience jugée trop aléatoire

Le reproche de Waymo tient en une phrase. Dans l'application Uber, un passager peut indiquer qu'il préfère un véhicule autonome, mais il n'est mis en relation avec un robotaxi que si l'un d'eux se trouve à proximité. Résultat : le client ne sait jamais à l'avance s'il montera dans une Waymo ou dans une voiture avec chauffeur. Tekedra Mawakana a qualifié cette expérience d'« un peu un coup de dés », selon Bloomberg, et insiste sur l'importance pour Waymo d'avoir une relation directe avec le passager.

Uber donne sa version

Uber conteste le récit. L'entreprise affirme à Bloomberg avoir proposé d'ajouter dans son application une option pour réserver directement un robotaxi à Austin et Atlanta, et que Waymo a refusé. Auprès de TechCrunch, Uber a confirmé qu'il continuerait d'accueillir les véhicules de Waymo sur sa plateforme aussi longtemps que les deux entreprises le souhaiteront.

La rupture se préparait depuis l'été. Dès le 24 juillet 2026, CNBC rapportait la fin programmée de l'exclusivité au début de 2028, après des informations du Financial Times sur des discussions internes chez Waymo. Selon Uber, des centaines de robotaxis Waymo resteront sur son application dans les deux villes au moins jusqu'en mai 2028. L'action Uber avait alors reculé de plus de 4 %.

Deux modèles de croissance qui s'affrontent

Waymo a changé d'échelle. L'entreprise exploite environ 4 000 véhicules aux États-Unis et réalise plus de 500 000 trajets par semaine dans 14 villes, selon Bloomberg. Elle travaille avec plusieurs partenaires, dont Uber, Lyft et des sociétés de gestion de flottes. Ses courses coûtent en moyenne plus cher qu'un taxi ou un VTC, et Tekedra Mawakana assure ne pas vouloir d'une course au moins-disant sur les prix. Waymo n'a pas indiqué quand elle deviendrait rentable.

L'argumentaire d'Uber : l'utilisation des véhicules

Face à elle, Uber défend la logique de la place de marché. Dans les remarques préparées pour sa conférence trimestrielle, citées par The Register, Dara Khosrowshahi affirme que son réseau génère environ 30 % de trajets en plus par véhicule et par jour que les applications des opérateurs de robotaxis eux-mêmes. Combinée à des infrastructures partagées de recharge et de maintenance, cette meilleure utilisation permettrait, selon lui, « une rentabilité de flotte supérieure, même après avoir payé la commission » de la plateforme.

Uber prévoit environ 2 000 robotaxis sur les routes en 2027, avant une montée en puissance commerciale beaucoup plus forte à partir de 2028. Une partie de ces véhicules sera exploitée par Uber lui-même, le reste par des partenaires. Son patron précise que le groupe concentrera ses investissements et son soutien sur un nombre restreint de partenaires, ceux qui ont le chemin le plus clair vers une exploitation rentable à grande échelle.

Des résultats solides pour financer la transition

Indicateur Uber (3e trimestre 2026)ValeurÉvolution sur un an
Volume de réservations brutes59,8 milliards de dollars+20 %
Chiffre d'affaires14,75 milliards de dollars+10 %
Réservations VTC29,5 milliards de dollarsn.c.
Chiffre d'affaires VTC7,5 milliards de dollarsn.c.
Chiffre d'affaires livraison5,5 milliards de dollarsn.c.

Source : The Register, d'après les documents publiés par Uber.

Ce que ce bras de fer enseigne aux entreprises

Le différend entre Waymo et Uber dépasse largement le secteur des transports. Il pose une question que se posent chaque jour les commerçants présents sur Amazon, les restaurateurs inscrits sur les plateformes de livraison ou les hôteliers dépendants des sites de réservation.

Le dilemme de la plateforme

Passer par une plateforme offre un accès immédiat à des millions de clients. C'est exactement pour cette raison, explique Tekedra Mawakana, que Waymo s'était associée à Uber à ses débuts. Mais la plateforme contrôle l'expérience, la relation et les données. Le client se souvient d'avoir commandé « un Uber », pas d'avoir voyagé avec Waymo. Plusieurs leçons s'en dégagent pour une PME :

  • La relation client a une valeur stratégique : quand le produit devient différenciant, comme le robotaxi pour Waymo, perdre le contact direct avec l'acheteur coûte cher.
  • Les exclusivités doivent avoir une date de sortie : le contrat Waymo-Uber prévoyait une échéance, ce qui permet aujourd'hui une transition ordonnée.
  • Le canal direct exige des moyens : Waymo peut financer son application et son marketing grâce à Alphabet. Une petite entreprise doit mesurer ce coût avant de quitter une plateforme.

Les agents d'IA, prochain intermédiaire

La bataille pour la relation client se joue désormais aussi avec les agents d'IA, ces assistants qui réservent ou achètent à la place de l'utilisateur. Comme nous l'expliquions hier, Uber reconnaît pour l'instant que très peu de courses sont réservées par des agents, mais il prépare ce commerce agentique. Demain, l'intermédiaire entre une marque et son client pourrait ne plus être une application, mais un agent conversationnel.

Limites, risques et questions ouvertes

Plusieurs incertitudes pèsent sur la stratégie de Waymo. Son application devra convaincre des passagers habitués à Uber à Austin et Atlanta, sans l'effet de réseau dont bénéficie la plateforme. Ses tarifs, supérieurs à ceux des VTC, pourraient freiner l'adoption. L'entreprise a aussi connu des difficultés techniques au cours de l'année écoulée : selon Bloomberg, des véhicules se sont engagés dans des zones de travaux sur autoroute ou sur des routes inondées, ce qui a conduit à des rappels officiels portant sur le comportement de son logiciel.

Côté Uber, la promesse d'une meilleure utilisation des véhicules reste à démontrer à grande échelle. L'entreprise fait aussi face à des risques juridiques : The Register rappelle que la Haute Cour d'Australie vient de la condamner à payer 81 millions de dollars australiens de taxes sur les salaires, au motif que les sommes versées aux chauffeurs s'apparentent à des salaires. Un argument de plus pour Uber en faveur des véhicules sans conducteur, mais aussi un signal sur la pression réglementaire qui entoure les plateformes.

Enfin, la concentration du marché pose question. The Register souligne l'ironie d'un Uber qui défend sa position de plateforme dominante, à la manière de Google avec ses propres services, au moment même où une filiale de Google cherche à s'en affranchir.

Ce qu'il faut surveiller

Le calendrier est désormais fixé : janvier 2028 pour l'application de Waymo à Austin et Atlanta, mai 2028 pour la fin du contrat actuel. D'ici là, trois points méritent l'attention. D'abord, les nouveaux partenaires de robotaxis qu'Uber ajoutera dans ces deux villes, ce que la fin de l'exclusivité lui permet, selon CNBC. Ensuite, la stratégie de Waymo dans les autres villes où elle passe par des partenaires, comme Lyft. Enfin, l'arrivée des robotaxis en Europe, où Uber multiplie aussi les partenariats.

Pour les dirigeants français, la rupture de l'exclusivité entre Waymo et Uber est un cas d'école : une plateforme apporte la croissance, mais la valeur durable se construit souvent dans la relation directe avec le client.

En bref

  • Waymo lancera sa propre application à Austin et Atlanta en janvier 2028 et met fin à l'exclusivité dont bénéficiait Uber.
  • Sa codirectrice générale juge l'expérience actuelle trop aléatoire pour les passagers, qui ne savent pas s'ils auront un robotaxi.
  • Uber affirme que son réseau offre 30 % de trajets en plus par véhicule et prévoit environ 2 000 robotaxis en 2027.
  • Waymo réalise plus de 500 000 trajets par semaine dans 14 villes avec environ 4 000 véhicules.
  • Pour les entreprises, le cas illustre l'arbitrage entre croissance par plateforme et relation client directe.

Sources

Photo d'illustration : wal_172619 sur Pixabay.

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